En promenant un Jack Russell dans une cour asphaltée, on pense rarement que l’on tient en laisse un véritable chasseur dont les ancêtres ont chassé les renards dans leurs tanières pendant des siècles.
Son corps, son esprit et ses instincts se sont affinés sur un terrain sauvage très différent, et l’environnement urbain, avec ses surfaces planes, ses lignes droites et ses inhibitions, devient pour lui une source de dissonance cognitive constante et épuisante, selon un correspondant de .
Le modèle de comportement inné du terrier – sentir, chasser, creuser, attraper – est brisé à chaque instant dans la ville. La laisse arrête la poursuite, l’asphalte ne cède pas aux griffes, et au lieu d’une proie sous un buisson brille un emballage jeté.
Photo :
Un système nerveux programmé pour accomplir le cycle « chasse-succès » est constamment contrarié, produisant des hormones de stress sans décharge ultérieure. C’est comme si l’on démarrait le moteur à haut régime et que l’on n’allait nulle part.
Le chien commence à chercher un exutoire par lui-même, ce qui se traduit souvent par ce que nous appelons un « mauvais comportement » : aboyer sans raison, creuser le sol, courir après les vélos ou se lécher compulsivement les pattes. Son cerveau, privé de sa charge de travail naturelle, crée des tâches de substitution, et ces tâches sont destructrices pour notre vie commune.
Nous le réprimandons parce qu’il est nuisible sans voir la racine – un désir existentiel pour la vraie chose. Les races élevées pour des travaux difficiles spécifiques souffrent particulièrement : bergers, chasseurs, races équestres.
Leur intelligence exige non seulement de l’activité, mais aussi une activité significative, la résolution de problèmes. Une promenade en ligne droite pour un Border Collie est une torture d’ennui, son cerveau a besoin de calculer des trajectoires, de contrôler des mouvements, de rassembler des troupeaux.
Sans cela, il se met à « rassembler » des enfants ou les roues d’une voiture, poussant ses maîtres à la frénésie. Le salut n’est pas dans l’augmentation de la charge, mais dans le changement de sa qualité.
Les exercices de recherche, le travail sur les sentiers, le « coursing » (imitation de la poursuite d’un lièvre mécanique), même les tâches les plus simples comme la recherche de friandises cachées dans l’herbe, apportent au cerveau la nourriture dont il a besoin. Un chien ne doit pas courir, mais réfléchir, analyser, prendre des décisions – cela l’épuise beaucoup plus efficacement que dix kilomètres de trot.
Une expérience personnelle avec mon chien, un mélange de plusieurs races actives, a été une révélation. Les longues courses n’ont fait que l’endurcir, mais ne l’ont pas calmée.
Un simple jeu a tout changé : avant une promenade, j’ai commencé à cacher quelques morceaux de nourriture dans l’appartement. Il lui a fallu environ vingt minutes pour les trouver, et après cela, elle était nettement plus calme lorsqu’elle sortait, ses yeux étant concentrés plutôt que frénétiques.
Les experts en matière d’enrichissement de l’environnement conseillent tout d’abord de ne plus nourrir le chien à l’aide d’une gamelle. Le chien doit aller chercher toute sa nourriture quotidienne dans des boules de puzzle, éparpillées sur la pelouse ou cachées dans des serviettes torsadées.
Cela lui redonne agence – le sentiment qu’elle a une influence sur l’obtention de la ressource elle-même, plutôt que d’attendre passivement qu’on lui tende la main. La ville n’est pas une prison si nous sommes prêts à être des interprètes et des guides pour nos animaux de compagnie.
Notre tâche consiste à déchiffrer leur code naturel et à créer pour eux des îlots d’activités compréhensibles et désirables dans la jungle de béton. L’instinct de chasseur trouvera alors un exutoire, non pas dans des aboiements anxieux devant l’ascenseur, mais dans une joyeuse poursuite d’un jouet dans le parc, et l’instinct grégaire, non pas dans l’agrippement des pantalons des passants, mais dans l’assemblage adroit d’une pyramide de gobelets en agilité.
Cela demande non pas de la force mais de l’imagination, mais c’est cette imagination qui devient la clé de la santé mentale d’un être qui nous a confié sa vie mais qui ne peut expliquer à quel point il est à l’étroit dans celle-ci.
Lire aussi
- Pourquoi votre labrador mâche les murs : analyse neurologique d’une race gâtée par l’homme
- Pourquoi un chat a besoin d’une forteresse dans l’armoire : comment une simple maison en carton le sauve de l’hôpital

